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Zoom sur Nos cœurs déracinés de Marie Drucker

En quoi la Grande Histoire peut-elle contribuer à construire notre histoire ?

 

Marie Drucker a longtemps été journaliste. Les temps ont changé et le rythme, la pression sont devenus effrénés. Voici une dizaine d’années, elle a décidé de se tourner vers la création avec l’écriture, le scénario, le documentaire ou la littérature. Elle n’a pas décidé d’écrire ce livre véritablement. Nos cœurs déracinés s’est construit presque malgré elle et en toute facilité.

Une prise de conscience s’est faite en elle, comme chez beaucoup, au moment des événements qui ont ponctué la dernière décennie. On a parlé davantage d’antisémitisme et Marie Drucker qui ne s’était vraiment jamais sentie concernée a commencé à penser à sa propre judéité.

Ce livre est un témoignage sur l’identité. Elle ne parle pas de ses parents, ni de ses oncles, qui ont toujours été enracinés en France. Ceux qui l’intéressent ici, ce sont ses grands-parents, paternels et maternels dont 3 sur 4 ont fui l’Europe de l’Est et ses persécutions pour venir vers l’Eldorado qu’était pour eux la France. Là encore ils furent persécutés mais ils n’ont jamais rien raconté.

La famille est juive, certes, mais laïque. Ils sont français avant tout. Ce que craint leur petite fille c’est l’oubli. En effet cela date de 80 ans. 80 ans pour la génération d’aujourd’hui, c’est le passé, presque le néant. Alors en revivant des souvenirs entendus, en recueillant des paroles, en s’appuyant sur des poètes ou des romanciers, elle se veut la passeuse de témoin. Elle n’a pas de prise de position extrémiste, rien n’est blanc ni noir. Elle veut laisser un message d’ouverture et de tolérance.

Quelques extraits : « Je ressens le besoin impérieux d’explorer l’inexploré. »                                                                          « Je crois aux sciences humaines, à la littérature, au cinéma, comme valeurs refuges et échappatoires. Malheureusement c’est vers la télévision et les réseaux sociaux que nous nous tournons par paresse… »                       « Exclusivement guidée par ma liberté que je crains à tout moment de perdre, je refuse d’être estampillée et réduite à cette seule part de mon identité. »

Mémoire, héritage, identité. Trois mots clés qui concernent les grands-parents mais aussi sa propre identité. C’est une analyse brillante par une auteure érudite, cultivée, qui se lit facilement, en toute simplicité.