Zoom sur La guerre par d’autres moyens de Karine Tuil
Karine Tuil fut juriste avant de devenir écrivaine en littérature française. Dans ses romans, elle analyse sans complaisance les failles de notre société moderne. Elle a obtenu en 2019 le Prix Goncourt des Lycéens et le Prix Interallié pour Les Choses Humaines où elle abordait avec brio le grand problème du consentement.
Dans ce roman, il s’agit de guerre, sans fusils, sans canons, sans soldats mais avec des morts peut-être, dans un certain sens. Tout commence avec le personnage de Dan Lehman, ancien président de la République française et qui maintenant n’est plus que l’ombre de lui-même dans l’après-pouvoir. Il n’est plus rien et son arme à lui c’est l’alcool. Sa première femme, Marianne, romancière et mère de ses enfants, a toujours été son soutien et elle est le seul personnage à utiliser le « je » parce qu’elle est lucide et fait face aux situations. Avant son élection, il a épousé Hilda, actrice beaucoup plus jeune que lui, qui a aussi épousé le pouvoir, mais s’en est lassée. C’est elle qui atteint la célébrité avec son nouveau film et elle veut divorcer. Guerre de couple, donc, de sexe aussi, jeu de séduction et toujours de pouvoir.
Et ce n’est pas tout. Parlons de la Guerre au travers des réseaux sociaux et des manipulations médiatiques. C’est encore la Guerre avec le cinéma et, en référence, le Festival de Cannes. Le jeu des apparences, de la séduction, de la provocation, du sexe accepté pour un rôle, alors que tout cela est bien éphémère. La Guerre des femmes aussi, après la période MeToo, pour combattre le sexisme, l’idée bien implantée de l’éternelle jeunesse avec la lutte contre les rides, les kilos superflus… jusqu’au ridicule. Et bien sûr, comment cela se passe-t-il quand un roman est adapté au cinéma ? L’auteure sait parfaitement de quoi elle parle ! C’est une autre Guerre avec toujours un jeu de pouvoir.
Ne cherchez pas des clés pour découvrir des personnages existants. Tout est fictif mais basé sur l’observation presque chirurgicale du réel. Le livre est brillant, l’écriture fluide comme d’habitude, le vocabulaire évolue : il peut aller du cru au soutenu selon les circonstances. Nous assistons à un spectacle, à une comédie humaine contemporaine. Karine Tuil a réussi un excellent roman !